Ce mouvement est encore jeune. Il a un an.
Et pourtant, on ne cesse de parler de lui dans les medias, et la police comme les oligarchies ont peur pour le système qu'ils protègent et entretiennent.
Tout cela tient certainement au fait que l'ampleur de ce mouvement, qui est mondiale, et ses formes, sont inédites et déroutantes.
Avec son jeune âge, il hérite d'un grand nombre de mouvements à travers l'histoire des luttes dans le monde.
Il fonde son identité sur la multitude d'identités qui le compose et des exemples auxquels il se réfere et est solidaire. Comme les révolutions en orient, dont on ne parle plus, ou les
bouleversements économiques et politiques en Islande, dont il ne faut surtout pas parler.
Mais il y a aussi les mouvements sociaux en grèce, au chili, au canada, en espagne etc...
Il est inédit parce que pour la première fois, un mouvement populaire, horizontal et sans chef réunit des personnes qui ont pensées se battre pour quelque chose, notamment pour donner un sens à
leurs vies, et qui considèrent qu'attendre encore les miettes et le baton est une folie.
Il est inédit parce qu'il cesse de penser la lutte par le prisme d'une grille de lecture unique. En effet, toutes les luttes contre toutes les formes d'autorité, d'oppression et de soumission ne
combattent-elles pas le même système? Quand on parle de lutte des classes, des femmes , d'écologie, des sans-papiers etc... c'est toujours autant de grilles de lectures qui, prétendant être la
base de tout, divise le tout.
Hors, il est urgent autant que vital de faire converger toutes ces luttes.
Le mouvement des Indignés n'est pas un prisme par lequel on comprend une seule forme de lutte, mais precisement une multitude de possibles et c'est cette multitude qui crée son identité
individuelle et collective. Même si l'on a pas lu Marx, même si l'on ne connait pas l'histoire des luttes des femmes, même si l'on ne comprend pas le fonctionnement des écosystèmes, et bien que
toutes ces connaissances soient nécessaires à tous et à chacun, quoi qu'il en soit, nous héritons d'eux. Nous héritons des mouvements sociaux et nous héritons de la terre!
Nous avons donc une multitude d'héritages qui font notre identité, certains que nous devons combattre, d'autres que nous devons encore questionner et d'autres encore pour lesquels nous devons
nous battre!
Nos moyens aussi sont vastes et créatifs si nous demeurons déterminé-e-s, enthousiastes et libéré-e-s de la haine et de la peur.
Ce qui fait aussi la force des Indigné-e-s, des anonymous, des Occupy, des révolté-e-s, des enragé-e-s, de tous les insoumis, c'est la volonté d'individus qui ne sont ni politicien-ne-s, ni
specialistes qui se donnent les moyens de choisir leurs vies sans fuir la société pour construire un monde nouveau.
Chacun est en mesure de se dire: " moi aussi, je veux construire un monde basé sur la recherche du bonheur par la remise en question collective et individuelle de nos pensées et de nos actes. Une
société basée sur le respect de la vie, sur la liberté et l'égalité. Ainsi, je souhaite contribuer à définir et constituer une force collective constructive qui soit, par son existence même, une
force d'opposition sans dogme composé de vérités multiples."
Il est donc nécessaire pour cela de dépasser les outils de lutte traditionnels partisans et syndicaux et de rejeter la représentativité comme système économico-politique inique.
Nous sommes dominés par la force armée de l'amoralité de la finance et des technocrates auxquels nous devons opposer une conscience de la nécessité reciproque entre l'individu et le
collectif.
Cette opposition n'est pas bêtement manichéenne. Elle met une multitude d'individus qui s'organisent partout et différement pour que le pouvoir soit à tous face à une oligarchie tentaculaire et
guerrière. Ces derniers font la guerre à ceux qui font la révolution.
Et si, comme beaucoup ici doivent en convenir, la révolution commence dans les esprits, alors commençons par prendre un position simple mais ferme: nous parlons beaucoup de démocratie direct. L'idée est séduisante et peut parraître évidente, mais quand on parle de démocratie direct, on use de pléonasme. Mais nous employons ce terme comme si nous avions à nous en justifier. Comme dans toute revendication, nous intronisons ainsi nos adversaires comme nos chefs légitimes auxquels nous aurions quelque chose à réclamer.
Ne reproduisons pas ce que nous voulons combattre, et battons nous pour une justice qui ne soit pas basée sur la vengeance et la punition. Admettons également que la surveillance et le flicage
quotidiens sont déjà la punition du fait d'exister. Refusons les!
Il n'y a pas ici de programme. Il y a une voix qui en rejoint d'autres et qui affirme dès lors que l'utopie est ce lieu qui n'existe pas
encore et dont le réalité dépend de nous.
Je voudrais terminer par une sitation:
"Les battements de mon coeur ne se règlent pas sous les archets des convenances [...] Quand il vibre d'indignation, il ne miaule pas, il rugit!"
Joseph Desjacques,